• Christelle

Quel avenir/quelle liberté d'être pour nous et pour nos enfants?



En février 2016, je rencontre Maxime qui a créé la page Facebook "Libres et liberté d'être". Nous échangeons et il me propose de corriger son deuxième livre : Attentats, on attend quoi!

Cela résonne et raisonne en moi : je suis en phase d'éveil personnel mais aussi professionnel.

Je décide alors d'écrire ma première lettre à la Ministre de l'Education Nationale . En voici une version abrégée.

En cette période de notre histoire collective très troublée, je vous partage ce courrier qui me tient à cœur et auquel je n'ai reçu aucune réponse...


A Troyes, le dimanche 14 février 2016,

Madame la Ministre de l’Education nationale,

C’est mon cœur serré de tristesse mais aussi gonflé d’espérance qui me fait vous écrire aujourd’hui. Je m’appelle Christelle, j’ai 38 ans et ai deux enfants de 12 ans et demi et 11 ans. [..] Je suis enseignante depuis 15 ans dans le secondaire.

Que se passe-t-il aujourd’hui ? Eh bien voilà : je souffre du mal de l’école. Je constate tant de manque de bon sens et de violence au quotidien dans nos établissements. Cette violence n’est pas (toujours) de nature physique mais bien psychologique. J’étouffe dans mes pratiques et souhaiterais autre chose pour mes enfants, pour NOS enfants…

Où sont les valeurs de la République ? […] Liberté : Quelle place laisse-t-on à l’imagination, à l’initiative à l’école ? Egalité : Notre système conviendrait aux élèves dits « scolaires »… et qu’en est-il de tous les autres […] ? Fraternité : Quelle place donne-t-on au « travailler ensemble» dans un système encore trop magistral, compétitif et si réprobateur ? Il faut voir comme chacun de nous juge et est jugé, librement, impunément […]. Aujourd’hui tout le monde commente tout le monde sans SAVOIR, avec ses propres croyances et représentations. Il faut regarder ce qui nous est proposé à la télévision : des émissions où l’on note, on évalue, on élimine… des journaux qui nous offrent toutes les mauvaises nouvelles du monde au conditionnel. […]

L’école est aujourd’hui trop triste, sérieuse, anxiogène et violente pour tous. Et que donne cette violence ? D’une part, une extrême passivité, des enfants sages qui obéissent et écoutent inlassablement et mécaniquement sans oser parfois s’exprimer. D’autre part, de la révolte (« je ne comprends ce que l’on me demande et on me renvoie sans arrêt à mes limites »). Je citerai ici Isabelle Filiozat : « Un ordre donne envie de le transgresser. Les sentiments inspirent le respect. Entre le laxisme et l’autoritarisme, il y a l’expression du vécu émotionnel ». […] Le rôle des enseignants doit être celui d’accompagner chacun en se tenant disponible pour répondre aux interrogations et aux besoins propres. […] Mais, il me semble que les enseignants s’épuisent dans des tâches secondaires et les vrais problèmes ne sont pas traités. […] Nous sommes pris dans une machine infernale qui ne laisse pas le temps à chacun d’avancer à son rythme. Je trouve cela injuste et effrayant.

Combien de cocottes-minutes parmi nous ?! […] Regardons les événements derniers : les attentats. Comment des enfants de la République française ont pu en arriver là ? Ce sont NOS enfants ! Cela pourrait être mes propres fils ! Je dis : « plus jamais cela ! » Il faut aujourd’hui leur apprendre à penser, à faire et à être par eux-mêmes ; les rendre autonomes, responsables d’eux-mêmes et des autres dans la solidarité et avec l’intelligence du cœur. Alors que nous vivons bien dans la peur et le stress. Un échange France-Canada qui dure depuis des décennies dans mon établissement a été annulé cette année, les Canadiens ne voulant plus venir en France…

Victor Hugo écrivait déjà en 1834 dans Claude Gueux : « Donnez au peuple qui travaille et qui souffre, donnez au peuple, pour qui ce monde-ci est mauvais, la croyance à un nouveau monde fait pour lui. Il sera tranquille, il sera patient. La patience est faite d’espérance. […] La tête de l’homme du peuple, voilà la question. Cette tête de l’homme du peuple, cultivez-la, défrichez-la, arrosez-la, fécondez-la, éclairez-la, moralisez-la ; vous n’aurez pas besoin de la couper. »

Qu’en est-il plus de 150 ans plus tard ? Eh bien, je crois que ces mots/maux sont encore malheureusement d’actualité. Si l’intellect est bien présent à l’école, je pense qu’il l’est trop. Il est urgent d’y introduire quelque chose de nouveau : l’intelligence du cœur. Grâce à la pédagogie positive, à la créativité, à la joie, à la communication, à la confiance, aux « travailler et vivre ensemble »… […] L’Homme d’aujourd’hui a toutes les connaissances ; il maîtrise les sciences, les techniques et bien plus encore et il est en train de scier la branche sur laquelle il est assis ! Avons-nous été programmés pour consommer à n’en plus finir, à détruire nos ressources et à nous détruire nous-mêmes ? Comment des hommes peuvent-ils empoisonner notre nourriture avec pour seul objectif le profit ? Je n’ai aucune couleur politique ou religieuse. Je n’ai aucun intérêt financier. Je suis juste une mère de famille qui n’a pas supporté d’entendre son aîné lui dire : « Maman, t’as-vu ? On ne va pas mourir vieux… entre le cancer… et les attentats ? ». […] Allons-nous continuer à vivre dans le non-sens ? Je voudrais pouvoir répondre à mes enfants que la vie est belle, qu’effectivement, nous allons tous mourir car c’est l’ironie de la vie mais que ce qui compte c’est de quoi sera fait le temps entre le moment où l’on naît et celui où l’on meurt. Et que les Français sont des adultes responsables qui protègent leurs enfants des images et des actes insoutenables et inacceptables. […]

J’ai ainsi, même adulte, un nouveau rêve : que notre Ecole permette à chacun de s’épanouir et de réaliser ses rêves afin de mettre à profit tout son potentiel au service de l’humanité. J’ose croire que vous nourrissez ce même dessein […] et que ce seront des hommes et des femmes de cœur qui feront le monde de demain.

Merci pour votre lecture.


ChristAile



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